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Quand « social-libéral » est devenu un gros mot

 

 

 

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" Il n'y a pas d'alternative "

 


21/07/2011

" Les réformistes acceptent l'économie de marché non seulement parce que l'on n'a pas le choix, mais aussi parce qu'elle est garante de libertés."

Rocard

" Il n'y a pas d'alternative "


 

Jusqu’à quand ? " ( Editeur - Seuil)

Très bon article de Serge Halimi, surtout après le désarroi de la gauche ( PS PS10 mai 1981, triste anniversaire ( source monde diplomatique)

 

 Il y a deux manières d’aborder une revendication sociale. La première consiste à additionner les difficultés pour justifier qu’on y renonce. La seconde à considérer qu’il s’agit d’une exigence de justice et que, si l’on fait le compte des obstacles, c’est avec la volonté de les surmonter », écrivait François Mitterrand en 1980 (1). Sept ans plus tard, pourtant, au terme du premier mandat du président socialiste, M. Lionel Jospin sonnait le glas du volontarisme politique qui avait marqué les premiers mois du gouvernement de gauche — nationalisation des banques et des grands groupes industriels, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, augmentation des minima sociaux. Il annonçait en effet : « La période des grandes réformes ne se renouvellera pas (2).  »

 

« En définitive, la question n’est pas tant de savoir, trente ans après, si les socialistes ont « échoué » ou s’ils ont « réussi ». Ils ont échoué sur le front de l’emploi et sur celui de l’égalité sociale ( voir post ) . Ils ont réussi sur ceux de l’inflation et des taux de profit. Le problème, c’est qu’on attendait d’eux qu’ils livrent la première bataille, pas qu’ils remportent la seconde ». de Serge  Halimi  Une vidéo explicative sur les similitude  "Le PS a embrassé très tôt la doxa néolibérale"

 

 

 

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Mise en vente de la propriété publique - ZEC plus ultra

  Les ouvertures de capitaux des entreprises publiques, réalisées par le gouvernement Jospin, se sont faites à l'époque avec l'aval des syndicats et de l’ensemble des partenaires composant alors la Gauche plurielle PCF-PS-MRG-Verts

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 Sous l'impulsion de Strauss-Kahn, alors ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, le gouvernement Jospin privatisa davantage que les gouvernements de droite présidés par Balladur et Juppé. "... les trois gouvernements de droite, entre 1986 et 1997, ont vendu la propriété publique pour 36 milliards d’euros. De son côté, le gouvernement Jospin a vendu pour 31 milliards d’euros... en cinq ans.

Le gouvernement  de " gauche plurielle " fut ainsi l'un des" plus zélés pour orchestrer le passage au privé de nos groupes nationaux." : Airbus, France Télécom, Thomson-CSF, Thomson Multimedia, Air France...


Pudiquement la "Commission de privatisation" des socialistes fut rebaptisée " Commission d'évaluation des participations et des transferts" pour ne pas effrayer le "peuple  de gauche". Et là  où  Alain Juppé, le prédécesseur de Jospin, avait accumulé  échec sur échec, le Parti Socialiste menait avec succès sa course aux " adaptations " dictées par le capitalisme sous couvert de ce fameux "pragmatisme" qui anesthésient les militants, les électeurs.

 

 Changement d'époque... même tour de passe-passe

 

Aujourd'hui Ayrault annonce que le gouvernement envisage de réduire la participation de l’État dans le capital "d’un certain nombre d’entreprises publiques où le taux de participation de l’État est très important ". Dans le même temps les salariés de Pétroplus, Arcelor-Mittal, des chantiers navals de Saint Nazaire, etc. demandent en vain la " nationalisation" pour sauver leurs emplois. Le peuple ne comprend rien.


 

Pour mieux faire avaler le retour des privatisations, Moscovici, naguère Strauss-kahnien, présente le projet sous le joli nom ''de gestion fine du capital de l’État ". On jure, la main sur le cœur, que la vente d’actifs ne servira pas " à boucher les trous " du budget, mais à " financer l’investissement ", par exemple " 20 milliards nécessaires pour installer l’internet à haut débit sur tout le territoire ". On a tellement juré.

 

 

> Ayrault annonce la vente de participations de l’État au capital d’entreprises publiques - POI

 
Vocabulaire 08/05/2013 à

Quand « social-libéral » est devenu un gros mot :

Pascal Riché | Cofondateur Rue89


 

Ce que conduit Hollande, « c’est une politique sociale-libérale », siffle la sénatrice socialiste Marie-Noëlle Lienemann. Non, « ce n’est pas une politique sociale-libérale », se récrie le ministre Benoît Hamon, piqué au vif, à son ancienne camarade de la gauche du PS...

 

 

Ce mot composé plutôt banal devenu, en quelques années, une véritable insulte. Appelez un socialiste « social-libéral », vous le vexerez plus qu’en le traitant de « social traître », « vipère lubrique », « suppôt du grand capital » ou « hyène dactylographe », pour reprendre quelques injures à la mode il y a quelques décennies à gauche de la gauche (la dernière, colorée, étant réservée à Jean-Paul Sartre).

 

 

 

Et pourtant, « social-libéral » n’a pas toujours été chargé d’anathème. Il fut un temps, pas si lointain, où certains socialistes centristes s’enorgueillissaient d’être des « sociaux-libéraux ». Aujourd’hui, à part quelques exceptions, personne ne se réclame ouvertement du social-libéralisme.

 


Le gouvernement Ayrault à l’Elysée, le 4 juillet 2012 (WITT/SIPA)

 


 

A l’origine : la deuxième gauche et Saint-Simon

 


Le livre de Kolm

 

Le libéralisme est revenu en grâce dans les années 80, lorsque la gauche a abandonné ses utopies marxistes. A l’époque, la réflexion intellectuelle était aiguillonnée par la Fondation Saint-Simon, un club fondé en 1982 par François Furet, historien spécialiste du XIXe siècle, Pierre Rosanvallon, intellectuel de la CFDT, Roger Fauroux, patron de Saint-Gobain, et le vibrionnant inspecteur des finances Alain Minc, qui s’affichait alors ouvertement « libéral de gauche ».

 

 

 

L’emploi du mot « social-libéralisme » est alors quasi nul (sauf par certains érudits évoquant la philosophie politique de Leonard Trelawny Hobhouse, mais ce n’est pas de ce social-libéralisme là dont nous parlons ici).

 

 

 

L’économiste Serge-Christophe Kolm avait écrit en 1985 un livre chez PUF intitulé « Le contrat social libéral », appelant à renouer avec l’idée de contrat et à réconcilier justice sociale et liberté économique. Mais on parlait plutôt de la « deuxième gauche », une gauche rocardienne décentralisatrice et européenne, par opposition à une première gauche jacobine, marxiste et industrialiste.

 

 

 

Même si le mot n’était pas encore très usité, l’idée était là : pour la Fondation Saint-Simon, il fallait en finir avec les fantômes « totalitaires » (ceux du PC, notamment) et réconcilier une fois pour toutes la gauche française avec l’économie de marché. Le libéralisme économique devait être tempéré par des régulations intelligentes, par une redistribution juste de la richesse, une modernisation de l’Etat et une montée en puissance de la concertation sociale.

 

 

 

La Fondation pondait note sur note. Il était question alors d’ouvrir l’université au monde de l’entreprise et vice versa ; de moderniser l’Etat ; de promouvoir l’Europe ; d’introduire de la souplesse dans le marché du travail ; d’imaginer des systèmes de régulation non-étatique, passant par la négociation sociale et par les initiatives de la société civile...

 

 

 

Ce bouillonnement d’idées créé par la rencontre d’intellectuels, de hauts-fonctionnaires et de quelques patrons de gauche a mal tourné dans les années 90. Le club de réflexion est devenu à la fois un club de pouvoir et un club mondain. Lorsque Jean-Marie Messier a frappé à sa porte, il était clair qu’il avait changé de nature.

 

 

 

Comprenant que sa créature lui échappait, Pierre Rosanvallon, en 1999, mettra autoritairement la clé sous la porte.

 

Tony Blair bouscule les débats au PS

 

La critique du social-libéralisme est montée dans les années 1990, et a culminé avec l’apparition d’organisations concurrentes à Saint-Simon, comme la fondation Copernic (créée en 1998) ou le mouvement Attac (décembre 1997).

 

 

 

A l’époque, le débat traverse aussi le PS. La naissance du « New Labour » de Tony Blair, dynamique mais ouvertement libéral, pose un défi aux dirigeants du parti. Blair s’inspire des travaux d’Anthony Giddens, brillant sociologue qui théorise la « troisième voie » et impressionne les intellectuels français gravitant autour de la Fondation Saint-Simon et de nombreux socialistes. C’est à cette époque que le mot « social libéral » commence à se répandre.

 

 

 

Au Congrès de Brest du PS, en novembre 1997, le débat est ouvertement posé. Deux motions remettent en cause « l’accompagnement social de la modernité libérale ». Jean-Luc Mélenchon est à l’offensive, dénonçant le pacte de stabilité, qui représente selon lui l’accomplissement du « rêve du libéralisme ».

 

 

 

Lionel Jospin prend garde à ne pas tomber dans le piège du blairisme. Il reste fidèle aux racines sociales-démocrates du parti, tout en soulignant sa volonté de « fonder un réformisme moderne ». Il prend ses distances avec le manifeste Blair-Schröder de 1999, libéral et atlantiste. Il déclare ainsi lors d’un Conseil national du PS :

 

« Nous ne sommes pas des sociaux-libéraux, parce que les sociaux-libéraux sont ceux qui disent qu’il faut accepter les lois de l’économie dans leur dureté, mais faire de la compensation sociale. Nous sommes des socialistes et des démocrates, des sociaux-démocrates. Nous devons intervenir, organiser et réguler dans la sphère de l’économie, mais en nous tenant à notre place. »

 

Le PS se déclare donc « social-démocrate » : une façon d’endosser la rupture avec la gauche marxiste, sans embrasser le libéralisme économique. Les sociaux-démocrates acceptent le marché, mais partagent avec les marxistes l’idée de construire une société nouvelle ; les sociaux-libéraux, eux, se contentent de vouloir donner un cadre au libéralisme, afin d’en éviter les effets pervers comme la pauvreté.

 

Aujourd’hui, une partie du PS a pourtant encore du mal à adopter l’étiquette de « social-démocrate », jugée trop centriste. Dimanche encore, Manuel Valls s’est cru obligé d’appeler ses camarades à l’assumer « pleinement ».

 

La critique du social-libéralisme

 


Le livre de Copernic, 2001 

 

Le Monde diplomatique publie en 1999 un article sur « Les architectes du social-libéralisme », retraçant les racines idéologiques de ce dernier. La Fondation Copernic, deux ans plus tard, met en vente en 2001 un livre collectif très critique, intitulé « Un social libéralisme à la française ? , regards critiques sur la politique économique de Lionel Jospin ».

 

 

 

Pour les animateurs de Copernic, « social-libéral » est un oxymore : par essence, le libéralisme économique est antisocial. Le discours de la gauche sur la compétitivité et la flexibilité ne peut que conduire au désastre.

 

Au tournant du siècle, l’expression commence à devenir un gros mot dans le vocabulaire de la gauche.

 

Combien de divisions ?

 

Aujourd’hui, à gauche, le mot « social-libéral » est devenu plus dégradant encore que celui de « libéral » tout court. Ainsi, Bertrand Delanoë s’est déclaré « libéral et socialiste » mais a refusé l’étiquette de « social-libéral ». « Je n’adhère pas à ce courant de pensée », a-t-il tranché. Reste trois personnalités fidèles, mais dont les noms ne feraient pas une affiche éblouissante :

 

  • Alain Minc, consultant. Sur le plateau de « Des paroles et des actes », il invite Arnaud Montebourg à être « social-libéral plutôt que socialiste » ;
  • Jérôme Cahuzac. Face à Mélenchon, sur le plateau de « Mots croisés », il se félicite que ce dernier admette qu’il puisse exister dans la famille de la gauche des sociaux-libéraux ;
  • Jean-Marie Bockel. En 1999, il signe un livre, « La Troisième gauche. Petit manifeste social-libéral ». Puis il fonde la Gauche moderne. Puis il rejoint le gouvernement Fillon. Puis il atterrit chez Borloo. Aujourd’hui, il continue de prêcher le social-libéralisme

 

 

 
 


13/05/2013
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